
Lorsque j’ai remporté le championnat de France de poker en janvier 2010, la première chose à laquelle j’ai pensé c’est : « Je vais enfin réaliser mon rêve et participer au WSOP !».
Pour les néophytes qui lisent mon blog et qui ne savent toujours pas ce que sont les WSOP (World Series of Poker), il s’agit en fait des championnats du monde de poker qui ont lieu chaque année à Las Vegas durant les mois de juin/juillet. Pour faire simple on peut comparer les WSOP à la coupe du monde de football sauf que les WSOP ont lieu chaque année et non pas tous les 4 ans. Les WSOP se composent d’une cinquantaine de tournois où chaque vainqueur remporte un bracelet symbole d’un titre de champion du monde.
C’est un rendez-vous incontournable pour tout passionné de poker et encore plus lorsque vous êtes joueur professionnel.
Comme vous le savez très certainement quelques mois auparavant j’avais réussi à me qualifier pour deux events : l’event 54 et le Main Event (Cf. articles précédents). A la base j’avais prévu de jouer uniquement ces deux tournois mais étant depuis fin juin sponsorisé par Everest Poker j’ai pu de ce fait participer à d’autres tournois.
C’est donc un total de 4 tournois auxquels j’ai pris part lors de ces WSOP 2010 :
- Event 51 : $3000 Triple Chance No Limit Hold’em
- Event 54 : $1000 No Limit Hold’em
- Event 56 : $2500 No Limit Hold’em
- Event 57 : $10 000 Main Event No Limit Hold’em

Dès mon arrivée le 27 juin à Las Vegas j’ai eu un excellent accueil, mes amis et coéquipiers d’Everest Poker étant présents pour me féliciter de ma venue dans la team (Cf. épisode 6 Everest Live in Vegas). J’ai pu ainsi m’installer dans mes quartiers, à savoir cette magnifique villa que vous avez très certainement pu voir dans les films Everest réalisés par l’équipe de Made In Poker et Guillaume Caron (Cf épisode 1 Everest Live in Vegas).
Event 51 : Mon baptême

Dès le 29 juin j’ai pu participé à mon premier tournoi des WSOP avec l’event 51, un triple chance No Limit Hold’em à $3000 l’entrée. Triple chance ? Késaco ? Derrière cette appellation étrange se cache en fait une explication simple. Vous avez la possibilité de commencer le tournoi directement avec 9000 chips, ou bien de démarrer avec 3000 chips et de garder derrière vous deux recaves de 3000 chips chacune dans le cas d’un bad beat ou d’une mauvaise rencontre par exemple.
Pour ma part j’avais opté pour directement me caver max à hauteur de 9000 chips pour avoir toute la profondeur requise pour jouer son meilleur A-game. Avec un premier level à 25/50 et des rounds d’une heure la structure était belle et permettait de développer du beau jeu. Card dead au début du tournoi mon tapis de départ n’avait quasiment pas bougé à la fin de la première pause. Mais après ce break j’ai connu un joli rush me permettant de monter un gros tapis allant jusqu’à 37K chips. J’ai notamment floppé un carré de deux contre un joueur qui lui a touché un full max river avec son overpair. Et ensuite j’ai remporté de manière très chanceuse une confrontation inévitable en combat de blinds contre mon coéquipier Javier Martinez, joueur pro espagnol d’Everest Poker de la team Live the Dream. En effet tout le monde ayant foldé je relance de SB A6 et ce dernier me call. C’est sur le flop A65 que tout s’emballe et que tout l’argent part au milieu et je tire la moue lorsque je découvre avec stupéfaction qu’il a 66 pour un brelan. Mais des fois le poker est cruel pour les uns et magique pour les autres, et cette fois-ci la chance était de mon côté puisque la turn apporte un as me donnant désormais un full supérieur à mon adversaire signant par la même occasion son élimination et mon ascension. Pour la petite histoire, Javier, très déçu à ce moment là, réussira quelques jours plus tard à oublier ce bad beat de la plus belle des manières puisqu’il effectuera un magnifique deep run dans le main event en terminant 90ème lui permettant d’empocher la magnifique somme de $79 808.
Pour mon tout premier tournoi des WSOP on peut dire que la réussite était de mon côté et de ce fait j’étais en pleine confiance, peut être trop même…
Mon tournoi se finira d’ailleurs brutalement en fin de première journée lorsque je perdrais un pot de 80K chips avec ma double paire floppée contre le flush draw de mon adversaire qu’il touchera river. Si j’avais remporté ce pot je finissais probablement dans le top 15 du day 1. Dur retour à la réalité et grosse déception pour ce premier tournoi des WSOP.
Event 54 : Donkament et side bet

Après mon premier échec lors de l’event 51, j’ai remis ça quelques jours plus tard avec l’event 54, où j’étais déjà qualifié via un satellite sur Everest Poker. Ce tournoi communément appelé « donkament » est une vraie boucherie. 3000 chips au départ pour des blinds à 25/50 et des levels d’une heure, la structure peut sembler correcte mais au vu du nombre de participants (3844) ce tournoi est en fait un vrai parcours du combattant ou pour arriver au bout il faut avoir beaucoup de réussite. Je ne me faisais pas beaucoup d’illusion sur ce tournoi, je savais très bien qu’il me fallait avoir beaucoup de chances pour aller loin dans ce tournoi.
Pour pimenter un peu ce tournoi, mon ami Léo et moi-même avions fait quelques jours auparavant un side bet un petit peu particulier. Celui de nous deux qui n’aurait pas le cran de jouer tout ce tournoi en peignoir deviendrait l’esclave de l’autre pendant une semaine. Autant vous dire que ni lui ni moi n’avions envie d’exécuter les ordres capricieux de notre nouveau « maître », ce qui explique pourquoi nous avions tous les deux arborés un magnifique peignoir lors de cet event (Cf. épisode 8 Everest Live in Vegas).

Après cette explication faite, revenons-en à la stratégie adoptée pour ce tournoi assez particulier. En effet, je n’ai pas hésité à jouer loose et de manière agressive pour monter des jetons et ainsi posséder un stack confortable par la suite. Si vous réussissez à atteindre cet objectif la structure vous paraitra correcte par la suite et au vu du niveau général assez faible (le buy-in de ce tournoi étant le plus petit des WSOP) vous pourrez vraiment marcher sur la table et prendre l’ascendant sur vos adversaires. Mais pour cela il vous faut réussir à gagner vos premiers coins flips. Et dans ce registre là, ne faites pas comme moi !
En effet, aux blinds 50/100 je me suis retrouvé à relancer au bouton AK suited. La BB ne l’entendant pas de cette oreille ce dernier m’a 3bet et avec mes 40bb au début du coup il n’y avait pas 36 000 manières de jouer. J’ai donc fait all-in et mon adversaire avec sa paire de valets à suivi. Malheureusement pour moi la pièce n’est pas tombée du bon côté et j’ai perdu ce pile ou face me laissant seulement 15bb devant moi. J’ai donc envoyé le reste quelques minutes plus tard sur une relance à 2.5bb lorsque j’ai découvert de BB AQo. Manque de chance mon adversaire avait AK et je n’ai pas réussi à gagner ce 30/70 en ma défaveur. Je fus donc éliminé de mon deuxième tournoi des WSOP au bout de seulement une heure et demie de jeu. Rien d’étonnant lorsqu’on sait que dans ce tournoi on perd les 2/3 des joueurs en quelques heures seulement passant ainsi de 3844 joueurs à 1500 joueurs en l’espace de quelques niveaux…
Event 56 : Gros bad beat

Fraichement sponsorisé par Everest Poker et après mes deux cuisants échecs lors des events 51 et 54 j’avais pour ambition de faire quelque chose de bien durant ces WSOP. Ultra motivé j’ai demandé à Everest de m’inscrire à l’event 56, un $2500 No Limit Hold’em. Avec 7500 jetons au départ la structure semble assez profonde pour pouvoir jouer au poker, oui mais voilà à condition de commencer le tournoi à l’heure comme tout le monde !
Lorsque vous vous inscrivez à un tournoi des WSOP, vous devez avant le début du tournoi vous rendre au guichet afin de retirer votre ticket. C’est grâce à ce ticket que vous allez ensuite connaitre votre place à table (nom de la salle, zone ou vous êtes, numéro de table et numéro de siège). Sans ce fameux ticket vous ne pouvez pas participer au tournoi.
Qu’elle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’Harrah’s m’avait désinscrit du tournoi pour des raisons obscures que je n’ai toujours pas compris. Résultat des courses, j’ai du en faire part à Everest et le temps qu’on me réinscrive (file d’attente oblige), j’ai tout simplement perdu deux heures soit deux levels. J’ai donc pu rentrer après la fin du premier break avec mon stack de départ mais avec désormais seulement 40bb. Pas terrible comme entrée en matière dans un tournoi, imaginez dans quel état de stress j’étais durant toute cette attente. Inutile de vous dire que je n’ai pas brillé durant cet event, je fus donc éliminé après seulement deux niveaux avec une très grosse frustration. Il ne me restait plus que le main event désormais pour essayer d’avoir ma première ligne Hendon Mob signe de places payées dans ces WSOP.
Event 57 : Main Event

Lorsqu’on évoque les WSOP on pense automatiquement au Main Event, tournoi phare de ce circuit avec à la clé un titre de champion du monde et les quelques millions de dollars de récompense de la première place. Si vous demandez à n’importe quel joueur, professionnel ou amateur, le tournoi qu’il rêve de gagner, il vous répondra à coup sur le Main Event des WSOP.
Ce tournoi c’est un peu comme le Saint Graal, la table n’est certes plus ronde mais ovale et enfin pour faire office de chevaliers nous avons désormais des joueurs de poker en quête de victoire.
Cette année 7 319 joueurs avaient pris part à ce tournoi au buy-in de $10000 pour un prizepool total de $68 798 600. Il y avait donc 747 places payées et le vainqueur empochera la coquette somme de $8 944 138.
Inscrit au day 1C comme mes coéquipiers de la team Everest j’ai vécu un bon premier jour. La structure de 30 000 chips pour des blinds démarrant à 50/100 et des levels de 2 heures laisse vraiment place au beau jeu. Vous pouvez donc faire preuve de beaucoup de patience des heures durant avant que votre tapis et donc votre tournoi soit mis en danger.
Fidèle à ma stratégie j’ai été impliqué dans de nombreux coups et j’ai réussi à sortir mon épingle du jeu finissant ce premier jour à 66 000 chips soit environ 115bb.
Malheureusement comme le dit si bien le proverbe, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas… Mon day 2 en est la preuve, j’ai vécu ce jour là un vrai calvaire.
Tout à commencer dès la première main lorsqu’un jeune asiatique a relancé UTG+2 à 1500 et que Francesco De Vivo (joueur italien de la team Live the Dream Everest Poker) a fait tapis pour 6500 jetons et que de BB je me suis retrouvé avec 
, l’open raiser ayant un tapis de 35000 chips au début du coup. Evidemment Francesco ne m’inquiétait pas, avec son tapis de 10bb sa range de push est composé essentiellement de 66+, KQo, KJs+, A8s+, A9o+, de plus je le couvre largement en chips. Ce qui m’ennuie dans ce coup c’est que je suis hors de position et que je ne connais pas du tout le style de jeu de l’open raiser. A ce moment là j’ai 4 options :
- Fold pour m’enlever le mal de crâne, mais cette option me semble vraiment trop nit sans lecture particulière
- Call uniquement le tapis de Francesco, mais que ferons nous si l’open raiser me revient à tapis derrière ?
- Raise à 15K : si je choisis cette option c’est pour raise/call et non raise/fold car au vu du tapis de l’adversaire je serais commit avec tout l’argent déjà au milieu.
- All-in. L’option qui me semble la mieux, car à ma forte main je rajoute aussi énormément de fold equity sur l’open raiser. Dans ce contexte je pense être callé ici que par QQ+. Cette agressivité mesurée me permet d’isoler le short stack et de mettre le maximum de pression sur mes adversaires, sans compter que ma main est une très forte main et que je couvre mon adversaire de presque de moitié.
Je choisis donc l’option la plus agressive à savoir faire tapis et mon adversaire au bout de quelques secondes me call avec 
. Au vu de l’éventuel range de call de mon adversaire que j’ai défini précédemment, je ne pouvais pas mieux tomber, jouant un simple coin flip. Francesco dévoile 
m’enlevant un out, et le board final étant anodin c’est l’open raiser qui a finalement remporté ce pot de plus de 75K chips m’octroyant par la même occasion une grosse partie de mon stack ne me laissant plus que 30K chips devant moi.
La suite de mon tournoi ne fut que mauvaises rencontres, bad beats, bad timing tout en étant card dead durant des heures. Je finirais donc par succomber en ne trouvant rien de mieux que d’envoyer all in en resteal avec paire de 7 face à une paire d’as scellant ainsi mon sort pour ces WSOP.
Beaucoup de déception pour mes premiers WSOP, n’ayant pas réussi à faire un ITM sur les 4 tournois auxquels j’ai participé. Ceci dit je n’ai pas non plus été très chanceux et quand on voit que certains pros jouent une vingtaine de tournois pour finir une fois ou deux ITM, on se rend compte de la difficulté de la tâche.

Félicitations à mon ami Fabrice Soulier qui finira encore une fois ITM lors du Main Event en terminant à une honorable 562ème place pour un gain de $24 079.

Fort heureusement j’ai tout de même vécu un formidable séjour à Las Vegas et cela notamment grâce à ma famille Everest. J’en ai d’innombrables souvenirs, voici une liste exhaustive des meilleurs moments passés à Sin City.
- Sortie au Lake Mead avec bateau et jet-ski à la clé
- Spectacle d’Elvis à l’Aria
- Concert de Rihanna au Mandalay Bay
- Après-midi à la villa avec les qualifiés Everest
- Soirée Everest au Pure
- Soirée au XS
- Soirée au Voodoo
- Soirée au Surender
- Barbecue/poker chez Fabrice Soulier
- Barbecue dans la villa de Made In Poker
- Survol du strip de nuit en hélicoptère
- Sortie à Downtown dans le vieux Vegas
- …

Bref, vous l’aurez compris, j’ai de formidables souvenirs plein la tête, et dans mon prochain article je vous raconterais en détail l’un de mes plus beaux souvenirs durant ce voyage, à savoir ma table finale lors du main event deepstack du Caesar’s Palace.
