août 13
Jeu en tournoi : Vols de blindes face à des short stacks
En tournoi, dès l’introduction des antes, il devient primordial de voler les blindes une à deux fois par tour afin de maintenir un tapis confortable face à l’augmentation des blindes.
Un des paramètres fondamentaux est d’être toujours au courant des tailles de stacks des adversaires et comment celles-ci influencent leurs stratégies globales.
Nous allons considérer quelques situations courantes en milieu de tournoi où l’on fait face à différentes tailles de stacks autour de la table, notamment à celles d’un nombre de blindes entre 10 et 12BB qui désirent doubler pour survivre car le cout par tour représente un pourcentage élevé de leur stack.
Nous allons faire plusieurs hypothèses :
-Nous sommes à une table à 9 joueurs avec des antes. Si les antes sont entre 10 et 12% de la BB, nous supposerons qu’il y a 2.5BB dans le pot.
-Notre tapis est de l’ordre de 30 à 40BB qui est un stack honnête en milieu/fin de tournoi.
- les joueurs en SB et BB ont entre 10BB et 12BB.
-Nous ne sommes pas proches de la bulle.
-Nous ne sommes pas proches d’un palier particulier dans l’échelle des prix. Fréquemment, l’échelle des prix offre des paliers où un certains nombre de joueurs reçoivent le même prix.
En tournoi, chaque jeton gagné ou perdu à une valeur monétaire. Votre tapis vous offre une certaine probabilité de finir à une place donnée. En pondérant ces probabilités par la valeur monétaire de la place on obtient l’équité de gain. Tout cci est calculé grâce à l’ICM (Independent Chip Model) qui est le modèle mathématique qui modélise l’équité en tournoi.
En tournoi, l’équité de gain peut s’éloigner de l’équité en jetons (cash game) significativement notamment lors de la bulle ou lors d’un palier particulier dans l’échelle des prix.
Lorsqu’on est loin de la bulle ou alors une fois dans les prix l’équité en termes de gain et l’équité en jetons sont assez proches.
Une fois dans les prix, avec une structure standard lorsqu’il reste environ 20 joueurs, avec un tapis entre 20 et 40BB, voler les blindes et les antes, fait gagner en équité entre 0.25% à 1% du prize pool. Le gain en équité est d’autant plus grand que votre tapis est petit.
Ce gain en équité peut paraître dérisoire mais celui-ci cumulé peut faire la différence sur le long terme.
Prenons comme situation de référence :
Vous êtes en petite blinde ou au bouton avec la décision d’attaquer les « petits tapis » qui ont entre 10 et 12BB qui ne cherchent qu’à doubler.
Leur taille de tapis représente entre 25 et 33% de votre stack et donc perdre contre l’un deux vous laisse avec approximativement une vingtaine de BB ou plus ce qui est encore correct pour poursuivre car vous n’êtes pas « crippled » et avez encore quelques options de jeu.
Analysons les options de jeu du point de vue de l’attaquant mais aussi du défenseur.
Petite Blinde (SB) versus Grosse Blinde (BB)
En SB, avec un tapis entre 30BB et 40BB est face à la BB avec entre 10BB et 12BB.
Supposons que la SB utilise la stratégie de mettre à tapis la BB car il sera « pot committed » sur n’importe quelle relance.
Avec quelles mains faut-il pousser ? Avec quelles mains faut-il payer ?
Prenons le cas où la BB a 10BB qui a déjà investi 1BB et une ante. Elle doit payer 9 pour en gagner 12 (les 10 de la SB + 1BB de grosse blinde + 1BB d’antes).
En fait, lors d’un all in 21BB sont en jeu.
Avec un tapis de 10BB il faut 42% pour justifier le call, 43% avec 11B et 44% avec 12BB. Prenons donc la moyenne 43% pour simplifier les choses.
Il faut donc gagner dans 43% contre l’univers de mains que pousse la SB pour justifier le call en BB avec 10 à 12BB.
Supposons que la SB pousse 100% des mains.
Le joueur en BB peut suivre avec 72.5% des mains contre une main aléatoire.
Eventail optimal de la BB vs 100% = 22+, A*, K*, Q*, J*, T9, T8, T7, T6, T5, T4, T3s, T2s, 98, 97, 96, 95s, 94s, 93s, 87, 86, 85s, 76s, 75s, 65s
Où A* sont toutes les mains contenant un As.
Toutes ces mains ont plus de 43% contre une main aléatoire mais en moyenne cet éventail gagne dans 54.5%.
Déterminons le gain réalisé par la SB et la BB avec cette stratégie.
L’équité de SB se décompose de la manière suivante :
-Dans 28.5% SB passe et garde 9BB
soit un stack moyen de 28.5%*9 = 2.5BB
-Dans 72.5% SB paie et gagne dans 54.5% un stack de 21BB
soit un stack moyen de 72.5%*54.5%*21 = 8.3BB
*donc cela résulte à un stack moyen de 8.3+2.5 = 10.8BB
En payant de manière optimale contre un éventail aléatoire, la BB augmente donc son tapis de 0.8BB. La SB fait aussi un profit de 0.2BB en poussant. En fait, la SB et la BB se partage les antes.
On remarque que pousser toutes les mains en SB face une BB ayant entre 10 et 12BB (soit en avec un M entre 4 et 6) est profitable même si la BB joue parfaitement.
Certes, cela engendre beaucoup de volatilité pour un gain faible qui peut être probablement amélioré.
Cela dit, même si la BB sait que la SB pousse toutes les mains, osera-t-elle à payer avec J2o, T5 ou 95s ?
Que se passet-il si la BB s’adapte mal à l’éventail aléatoire de la SB et ne paie non plus de manière optimale. Par exemple, elle paie trop serré.
Par exemple au lieu de payer avec 72.5% des mains il ne paie qu’avec :
55+, A2s+,A8o+, KJ+ soit 16% des mains avec lesquelles ils gagnent dans 65%.
Son équité baisse significativement à 9.7BB.
Plus la BB est serré, plus faire all in avec toutes les mains devient profitable.
Reprenons les mêmes calculs précédents mais maintenant resserrons l’univers de mains de la SB qui pousse maintenant tous les As et toute combinaison de deux cartes au dessus du 9, soit 32.4% des mains.
La SB donc envoie all in avec :
22+,A*,KQ,KJ,KT,K9,QJ,QT,Q9,JT,T9
Si la BB connaît parfaitement le comportement de la SB, alors elle lui sera justifié de payer avec maintenant seulement 25.2% des mains où elle sera devant dans 52.8%.
Eventail optimal de la BB vs 32.4% = 22+, A3+, A2s, KQ, KJ, KT, K9s, QJ, QTs
Donc l’équité de la SB se calcule de la façon suivante :
-Dans 75.8% SB passe et garde 9BB
soit un stack moyen de 28.5%*9 = 6.7BB
-Dans 25.2% SB paie et gagne un pot de 21BB dans 52.8%
soit un stack moyen de 25.2%*52.8%*9 = 2.8BB
-Ne pas oublier que dans 67.6% la SB passe et donc il faut rajouter au tapis moyen
67.6%*2.5 = 1.7BB
*donc cela résulte à un stack moyen de 6.7+2.8+1.7 = 11.2BB
Dans les cas où la BB s’adapte bien à l’univers d’all in de la SB, relancer trop peu avantage la BB. Un gain de 0.4BB entre relancer 100% et 32% de la SB.
Que se passet-il si le joueur ne s’adapte mal à notre éventail et ne paie non plus de manière optimal mais paie trop « tight ».
Par exemple au lieu de payer avec 25.2% des mains il ne paie qu’avec :
55+, A2s+,A8o+, KJ+ soit 16% des mains avec lesquelles ils gagnent dans 57%.
Son équité baisse légèrement à 11.1BB.
Dans les cas on la SB sélectionne ses mains, dans notre exemple le top 32%, la SB perd moins à payer trop serré que ne perd la BB à relancer un univers de mains trop restreint.
Il y a donc une prime à l’agressivité de la part de la SB car même si elle relance un éventail très large, il y a de grandes chances que la BB paie serré et ne s’adapte pas de façon optimale.
Il existe en théorie, pour chaque taille de tapis effectif, un éventail inexploitable pour la SB de push et pour la BB de call dans le sens où il y a un équilibre en termes de gain pour chacun d’eux et aucun ne peut faire mieux.
Ces éventails inexploitables peuvent être retrouvés dans l’excellent livre « Kill Elky » de Lee Nelson.
Donnons pour exemple, le cas où la BB a un M de 5 soit bien entre 10 et 12BB.
SB peut faire tapis avec :
22+, A*,K*,Q*(sauf Q2o), J2s+, J7o+,T7o+, T3s+, 94s+,97o+, 84s+,86o+,74s+, 76o, 63s+,65o, 53s+, 43s
Soit 66.8% des mains
Et la BB peut payer avec :
22+, A*,K*,Q3s+,Q7o+, J7s+, J8o+,T9o, 98s
Soit 46.6% des mains
Le terme inexploitable est utilisé dans le sens où si la SB pousse 66.8%, la BB ne peut faire mieux que de payer avec 46.6%. Si la BB dévie de cet éventail soit en payant soit trop « tight » soit trop « loose », alors la SB gagne quelque chose.
Cela dit, inexploitable ne veut pas dire optimal dans le sens où par exemple, si la BB est trop « tight » il est meilleur de pousser plus de mains que ces 66.8%. De même, si la SB push plus « tight », la BB doit resserrer son éventail de call.
Le jeu optimal est un jeu qui cherche à exploiter les faiblesses adverses qui générera un profit supérieur au jeu inexploitable.
En pratique, jouer agressif de la SB ne peut être mauvais et ne peut être une grosse erreur car d’une part, pousser 100% des mains est profitable même dans le cas où la BB joue parfaitement et d’autre part, il est difficile pour la BB de s’adapter.
De plus, l’agressivité est d’autant plus payante que la BB est solide. Il reste à déterminer dans quelle mesure la SB veut introduire de la volatilité dans son stack. Mais dans la mesure où la SB garde toujours un tapis confortable entre 20 et 30BB lorsqu’elle perd, jouer agressivement doit pratiquement lui permettre d’accroitre profitablement son avantage car peu de joueurs sont aptes à mettre leur tournoi en jeu avec une main marginale même en sachant que le joueur en SB est capable de pousser plus de deux mains sur trois.
De la BB, jouer trop tight n’est pas une solution. Si la BB sait que la SB est un joueur averti, elle doit ouvrir son éventail avec lesquelles elle décide de payer car sinon elle sera trop exploitable.
Au bouton
Au bouton, il a été investi dans le pot qu’une ante contrairement en SB donc cela coute plus cher de mettre un joueur à tapis.
Face à deux joueurs, bien évidemment l’univers de mains pour relancer doit être moins large qu’en SB.
De plus, les deux opposants n’ont pas forcément le même standard de call, mais en raisonnant sur une moyenne cela ne change pas significativement les résultats.
Au bouton, vous avez 4 options :
- passer ou Fold
-Relancer et passer ou Raise/Fold
-Relancer et payer ou Raise/Call
- Faire all in ou Push
-Fold
Passer ne coute rien mais ne rapporte rien non plus sauf si l’un des deux joueurs en blindes saute sur cette main. En effet, d’après l’ICM, toute confrontation entre joueurs pouvant sortir l’un d’eux profite à l’ensemble de la table. Fold est donc neutre en équité la plupart du temps.
En revanche passer au bouton, peut vous faire gagner du crédit sur votre prochain vol, notamment du cut-off, si les joueurs ont observé que vous ne volez pas systématiquement au bouton.
-Raise/Fold
En général, dès lors de la présence d’antes les joueurs relancent moins de 3BB. En effet, comme la profondeur des tapis est moins grande qu’en début de tournoi, les cotes implicites sont souvent réduites même avec une relance inférieure à 3BB. Le standard de relance est donc souvent entre 2.25 et 2.75BB pour une moyenne à 2.5BB.
Prenons pour la suite, une relance à 2.5BB comme relance par défaut.
Une telle relance a aussi comme intérêt notoire de donner un ratio risque/gain très intéressant sur un vol de blindes.
On entend par Raise/Fold le fait de relancer à 2.5BB avec l’intention de passer sur une sur-relance.
Raise/Fold est profitable dès lors que chacun des adversaires en SB et BB ne sur-relance pas dans plus de 28.6% des cas.
Pour mémoire le top 28.8% des mains est l’éventail :
22+, A2+, K9s+, Q9s+, J9s+, T9s, KTo+, QTo+, JTo
Regardons comment Raise/Fold peut être profitable en fonction du pourcentage où la SB et BB pousse leur tapis.
Si vos adversaires poussent uniquement le top 11.3% soit :
T11 = 55+, AT+, KJs+, KQo
Alors Raise/Fold fait un profit de 1.36BB.
Si vos adversaires poussent uniquement le top 14.3% soit :
T14 = 22+, A8+, KQ
Alors Raise/Fold fait un profit de 1.10BB.
Si vos adversaires poussent uniquement le top 22.2% soit :
T22 = 22+, A8o+, A2s+, KTs+, QTs+, JTs, KTo+,QTo+,JTo
Alors Raise/Fold fait un profit de 0.48BB.
Face à des adversaires encore plus solides en SB et BB ne relançant que 55+ et AJ+ (8.1%des mains), il est une stratégie rentable de relancer avec n’importe quelles cartes en main (Any Two Cards – acronyme : ATC) et passer les mains médiocres quand ils sur-relancent. Lors de la bulle par exemple.
Cela dit, Raise/Fold possède quelques inconvénients tactiques et stratégiques :
-Vous perdez l’image d’un joueur sérieux, car relancer et passer face à des petits stacks indique clairement que votre main était loin d’être légitime.
-Votre perte en image peut inciter des joueurs à vous sur-relancer « ligth » lors de vos futures tentatives de vol.
-Vous donnez à un joueur ayant la position sur vous près de 4BB. En général, vous désirez avoir les tapis qui vous couvrent ou peuvent sérieusement vous endommager soit à votre droite et les petits que vous couvrez à votre gauche. En donnant 4BB à un tapis de 10/12BB, maintenant son stack commence à avoir un réelle « fold equity » avec la position ce qui n’est pas stratégiquement bon pour vous.
-Il faut être assez confiant dans l’estimation de l’éventail adverse car parfois on passe une main qui aurait la cote pour payer.
En outre, il faut savoir qu’un joueur peut relancer n’importe quelles deux cartes avec un tapis entre 10 et 12BB s’il pense que vous passez plus de 50% après une relance à 2.5BB.
En effet, aucune main, même 32o, n’a pas moins de 25% de chances de gagner contre un éventail même très tight comme AK QQ+.
Ainsi, la combinaison du fait que vous passiez dans plus de 50% et le fait de gagner au moins dans 25% quand il est payé génère une situation où il est rentable de pousser ATC.
Donc, afin de ne pas être exploitable, lorsque vous relancez dans l’intention de passer, il faut que votre éventail de call représente environ 50% de votre éventail de relance.
Par exemple, si vous décidez de payer l’all in adverse avec :
22+ AT+ KQ KJ KTs
Qui représente 13.4% des mains, il faut que vous relanciez un éventail représentant environ 28% des mains.
De la sorte, votre adversaire ne peut exploiter vos relances avec ATC.
-Raise/Call
Dans la grande majorité des cas, lorsque vous relancez à 2.5BB, vous demandez implicitement à votre adversaire, avec entre 10 et 12BB en SB et BB, à jouer son tapis. En fait, avec une relance seulement de 2.5BB vous faites levier sur tout leur stack.
Lors d’un all-in de leur part la cote du pot est relativement attrayante. Grosso modo, il faut gagner un bon 35% lorsque la SB ou la BB envoie entre 10 et 12BB.
Cote et % après une relance à 2.5BB sur un all in adverse | ||
Stack de 12BB | cote | % |
All in de SB | 1.73 | 36.7% |
All in de BB | 1.67 | 37.4% |
Stack de 11BB | cote | % |
All in de SB | 1.81 | 35.6% |
All in de BB | 1.75 | 36.3% |
Stack de 10BB | cote | % |
All in de SB | 1.92 | 34.2% |
All in de BB | 1.85 | 35.0% |
Si au bouton, vous estimez que la SB ou la BB poussent avec T11 (55+, AT+, KJs+, KQo) et vous désirez de jamais passer votre main, c’est-à-dire qu’elle a au moins 35% d’équité contre T11, vous devez relancer :
22+, AT+, A2s+, KQ, K9s+, Q9s+, J9s+, T8s+, 98s, 87s (soit 18% des mains)
Alors cette stratégie engendre un profit 1.8BB.
Avec T14 (22+, A8+, KQ) vous devez relancer :
22+, A8+, A2s+, KT+, K5s+, QT+, Q6s+, J9+,J8s, J7s, T9, T6s+, 96s+, 86s+, 75s+, 65s, 54s (soit 33% des mains)
Et le profit généré sera de 1.65BB.
Cela dit, si vous êtes sur que l’éventail adverse tourne autour de T11 et T14, vous faites toujours un profit d’environ 1.5BB en relançant 100% des mains à 2.5BB car les joueurs sont trop serrés. Vous suivrez alors avec un univers prédéfini de mains, qui sera probablement d’environ 20%, contre l’éventail estimé et passerez le reste.
Tout comme dans le jeu en SB, il existe un point d’équilibre définissant un jeu inexploitable pour chacun des joueurs au bouton en SB et BB.
Avec un M entre 4 et 6 chez la SB et la BB, le bouton peut mettre à tapis ses adversaires avec 36 à 40% des mains et la SB et la BB peuvent suivre avec le top 26 à 30%.
Encore une fois, il y a une prime à l’agressivité car d’une part, le joueur en SB ne ferme pas l’action et il existe toujours la probabilité d’un overcall de la BB et d’autre part, même si les joueurs savent que le bouton peut être très large dans sa relance il est toujours délicat de mettre en jeu sa survie dans le tournoi avec la partie la plus faible de l’éventail théorique avec lequel il est correct de payer.
-Push
Comparons, face à des adversaires ayant entre 10 et 12BB, le Push à Raise/Call ou à Raise Fold :
- Vous n’offrez aucune fold equity à vos adversaires
- Vos adversaires n’ayant aucune fold equity, peut être vont payer avec un éventail plus serré que si vous aviez relancé normalement
- Si vous optez que pour un Push, vous vous enlevez l’opportunité d’un Raise/Call ou Raise/Fold qui peuvent être aussi voire plus profitable.
Si vous pensez que vos adversaires paient le Push avec le même éventail qu’il envoie all in sur votre relance alors il n’y a aucune différence entre Push et Raise/Call.
En revanche si vous pensez que vos adversaires paient un Push moins souvent qu’ils ne fassent all in sur votre relance, il se peut qu’avec une certaine partie de l’univers optimal des mains avec lequel vous pouvez Push qu’il faille plutôt Raise/Call que Push.
Par exemple :
Vous avez K8s, main avec laquelle il est correct de pousser face à deux joueurs ayant 12BB en SB et BB.
Vous pensez qu’ils font faire all in avec T14 que bien évidemment vous payerez mais qu’ils vont payer le Push qu’avec T11.
Alors, Push est plus profitable que Raise/Call. En, effet, Push fait un profit de 1.22BB contre 1.03BB pour Raise/Call.
En revanche, avec 88 ou AJ, il est plus profitable de Raise/Call que de Push avec les mêmes hypothèses.
On peut objecter, qu’on devient lisible, dans ce genre de situation, si on ne relance que le haut de notre éventail et Push le bas.
Votre historique à la table, si ces configurations se sont présentées, peut vous aider à méprendre vos adversaires dans un sens ou un autre.
Si on a auparavant utilisé le Raise/Fold, les joueurs seront plus enclins à croire en leur « fold equity » ou si on a juste fait doubler la SB qui avait 5BB avec un Push avec 99 alors vos adversaires ne seront pas vraiment que représente un Push ou une relance de votre part.
Au bouton face à deux all in
Après avoir relancé au bouton à 2.5BB contre deux joueurs ayant entre 10 et 12BB, que faire face à un push de la SB et de la BB ?
La cote du pot sera proche de 3 contre 1. Il vous faudra donc environ 25% de chances de gagner pour justifier le call.
Cote et % après une relance à 2.5BB et deux all in | ||
Stack de12BB | cote | % |
All in de SB et BB | 2.88 | 25.7% |
Stack de11BB | cote | % |
All in de SB et BB | 2.99 | 25.1% |
Stack de 10BB | cote | % |
All in de SB et BB | 3.12 | 24.3% |
Supposons que :
La SB fasse all in avec : 55+ AT+ KQ et KJs
Pour la BB on va prendre un éventail bien plus serré, faisant face à une relance et une sur relance.
Même si la relance du bouton et de la SB peuvent représenter un éventail large, n’ayant aucune fold equity la BB doit avoir une réelle « show dow equity » pour pousser all in.
Attribuons à la BB l’éventail : AQ+ TT+
Contre de tels éventails relativement standards, on peut suivre avec : 77+ AK
La main AQs est marginale pour un tel call même avec du 3 contre 1.
En revanche, si les joueurs ont 10BB ou moins cela devient probablement correct car d’une part, la cote est meilleure et d’autre part, les joueurs ont peut être un éventail plus large.
Le Stop&Go
Vous êtes en SB ou BB avec tapis entre 10 et 12 blindes et un joueur ne cesse de relancer au bouton.
Votre main vous semble avoir une équité correcte contre l’éventail de ce joueur mais ayant un tapis assez conséquent vous savez que votre all in n’a que peu de chances de le faire passer.
Vous décidez alors d’essayer un Stop&Go qui peut générer plus de fold equity au flop.
Le « move » du Stop&Go consiste à :
-payer la relance en SB ou BB.
-faire all in au flop, quelque soit le flop
Le move du Stop&Go est applicable quand les conditions suivantes sont respectées :
-Vous êtes en SB ou BB-de préférence en BB car vous ne pouvez plus être relancé.
-Le coup se joue en tête à tête face un relanceur
-Vous avez, après avoir payé la relance un stack de l’ordre de la hauteur du pot (un peu plus ou un peu moins)
-Votre adversaire est certainement un voleur de blindes
-Votre adversaire ne passera jamais si vous faites all in pré-flop à cause de la cote du pot
-Il y a une chance que l’adversaire passe votre all in au flop
Quand votre adversaire a AA, KK ou QQ il n’y a peu de chances de le faire passer pré-flop ou au flop. En revanche, il peut passer parfois la meilleure main au flop ou passer alors que la cote du pot justifie de payer même s’il n’a pas de paire.
Exemple :
En BB vous avez 3300 (avec la BB) et les blindes sont 150/300 ante 25 table à 9 joueurs.
Votre main est 55.
Un joueur, ayant 12500, relance au bouton de 900
Vous avez trois options :
-Passer
-Faire all in
-Faire un Stop&Go
Calculons le nombre moyen de jetons après chaque coup.
*Vous passez, il vous reste 3000 jetons soit 10BB.
*Vous faites all in, alors le pot contient :
3300 + 900 + 150 + 9*25 = 4575
Le relanceur doit payer 2400 pour 4575 soit une cote de 1.9. Il doit gagner le coup dans 34%.
On suppose qu’il relance environ 25% des mains contre lesquelles 55 a environ 50%.
Dans 50% notre tapis sera de 7025 et dans 50% on sautera donc 0, soit en moyenne 50%*(3300*2+150+275) =3500.
*Si nous payons juste le pot contient :
900 + 900 + 150 + 9*25 = 2175
Bien évidemment sur un all in au flop (2400 dans 2175) la cote du pot est toujours de 1.9 contre 1.
Faisons deux hypothèses :
La probabilité que l’adversaire passe au flop est FE = 35%
Cette fold equity correspond aux cas où notre adversaire :
N’a pas de paire au flop
Pas de tirage quinte bilatérale
Pas de tirage couleur
Pas deux over cards
Dans les cas où vous êtes payé on estime que vous gagnez environ dans 12%.
Notre tapis sera donc de 2400 + 40%*2175 + 60%*10%*7025 = 3709
Si on arrive a avoir plus de 33% de fold equity au flop il peut être plus rentable de faire un Stop&Go que de pousser all in.
Sans rentrer dans des calculs compliqués, le S&G fonctionne bien contre les joueurs qui savent qu’ils doivent certainement payer pré-flop avec une cote d’environ de 2 contre 1 mais qui peuvent passer avec une main gagnante comme la 3ème paire ou un tirage avec une bonne cote. L’intérêt du Stop&Go est qu’il réduit un peu la variance dans votre jeu.
Enfin, nous avons fait l’assomption que le joueur ne passe jamais pré-flop, mais il se peut que si la cote offerte lors de notre all in est inférieure à 2 contre 1 notre adversaire ne suive pas et donc il serait plus profitable de pousser pré-flop.
Exemples :
-Le flop vient : KT9 et votre adversaire passe A9 clairement favori alors que vous avez 55
-Le flop vient : 24Q et votre adversaire passe AK alors que vous avez 55
Ici AK a 25% soit 3 contre 1 voire 29.3% avec le backdoor couleur soit 2.4 contre 1.
-Le flop vient : Q93 et votre adversaire passe KJ, avec deux over cartes et un gutshot avec 43% contre 55.
Les mains avec lesquelles il est envisageable de faire un Stop&Go sont les petites paires entre 22-66.
Ces petites paires sont meilleures que des mains comme Ax ou Kx car :
-Si votre adversaire passe au flop avec deux over cards, vous améliorez votre coin flip puisqu’il n’a l’occasion de voir la turn et la river pour vous outdrawer.
-Si votre adversaire paie au flop avec une paire vous avez toujours environ 9% de gagner avec un brelan à la turn ou à la river
-Si votre adversaire paie avec des over cards au flop vous avez de la « show down equity ».
Bien évidemment, si vous floppez brelan lors d’un Stop&Go, vous pouvez éventuellement slow player.
En revanche, avec les paires au dessus du 66, vous préférez voir les cinq cartes car parfois votre adversaire paie avec une paire inférieure et donc vous ne désirez pas le faire passer au flop.
Conclusion :
Nous avons présentée quelques situations récurrentes en tournoi où nous avons déterminé qu’il existe des stratégies inexploitables mais qui peuvent être non optimales car les joueurs peuvent être trop « tight ».
En attaque, il y a donc toujours une prime à l’agressivité et en défense il faut peut être élargir quelques peu son éventail de call ou faire un Stop&Go si on pense que l’agresseur est trop « loose ».
François TARDIEU -stochastic
copyright magazine cinquantedeux 2009 http://cinquante-deux.com/

13 août 2009 à 20:25
Alors la mOOOOOOsieur STOCHASTIC vraiment VVVVVVGG
thousand merci pour cet article, c toujours un immense plaisir, mais la j’ai vraiment pris mon pied
un article buster, mega buster, que de progres on va faire avec, je vais le lire et le relire,
tout y est, les math, la strategie, la psycho, etc….
oui un vrai délice que de lire ton blog
continues stp
et un livre un de ces jours? non?
j’achète, je réserve, je souscrit d’avance
13 août 2009 à 21:39
C’est très rare que je mettes un article de blog en marque-page afin de pouvoir y revenir plusieurs fois. Mais là c’est le cas : énorme !
Merci merci
14 août 2009 à 0:06
La classe,quel boulot tu fais c’est énorme…merci c’est effectivement a lire et a Relire I backed….
16 août 2009 à 21:23
Merci Stochastic,
Comme d’habitude tu nous ponds un article digne d’être publié dans la bible du poker (même si j’avoue que je dois les lire quand je suis au top de ma concentration n’ayant pas fait math spé :D).
Celui là est particulièrement intéressant car si on trouve facilement des pages parlant d’attaque et démontrant avec quel range push suivant la position et la résistance des adversaires, c’est rare de trouver des articles parlant aussi de défense et de si on doit suivre un all-in ou non. D’ailleurs le sujet ne mériterait-il pas de faire une petite vidéo ?