Oct 11

Panorama du cash game sur internet

Tag: Articlessharp @ 6:31

En marge des tournois, internet a lancé une nouvelle forme de cash game : les tables de 6 joueurs. Très peu pratiquée dans les casinos car elle demanderait trop de croupiers, cette forme de poker requiert avant tout de l’agressivité. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’en 2009, les joueurs ne jouent pas comme ils jouaient en 2008 et encore moins comme ils le faisaient les années précédentes. Pour Poker Académie et Live Poker, j’ai joué 5 000 mains à chaque limite afin de dresser un état des lieux du No Limite Hold’em tel qu’il se pratique aujourd’hui sur internet.

La pratique du jeu de poker sur internet a à peine plus de 10 ans. Mais elle a vraiment explosé, il y a seulement 5 ans. Depuis, le niveau n’a cessé de progresser et chaque année la théorie du poker fait un bon de géant. Par exemple, New york back raise, 3bet ou floating sont des termes qui n’existaient pas il y a encore 5 ans. Aujourd’hui, ils sont complètement passés dans le langage courant et ceci notamment grâce aux forums de discussion, aux sites de vidéos pédagogiques, aux coachings, aux livres ou encore aux magazines comme Live Poker. Bénéficiant de toutes ces informations, les joueurs progressent et il est donc de plus en plus difficile de sortir gagnant.

Un des avantages d’internet par rapport au jeu dans les cercles et les casinos est que tous les tarifs se pratiquent et qu’il y a beaucoup de tables disponibles, sauf si vous jouez très cher. La plupart des sites proposent aux joueurs d’acheter pour un montant maximum de cent fois celui de la grosse blinde. Dans le jargon d’internet, on parle alors par exemple de la NL 200 pour les tables où l’on achète pour un maximum de 200 $ ; soit des tables avec des blindes à 1 et 2 $. Une terminologie que nous utiliserons par la suite.
Il est très important de jouer à un tarif raisonnable qui ne va pas grever votre budget. En effet, sous la pression de l’argent on prend souvent de mauvaises décisions. Une fois que vous avez décidé du tarif auquel vous voulez jouer, il vous reste à choisir une table. Surtout ne sautez pas sur la première venue. Sur internet, il y a aussi bien des joueurs occasionnels qui pratiquent juste de temps en temps, que des joueurs réguliers. Ces derniers sont bien sûr plus expérimentés et forcément plus difficiles à battre. A moins que vous ne cherchiez une forte compétition, choisissez donc plutôt une table avec le moins de réguliers possible. Comment reconnaître un joueur régulier? C’est simple. Il joue tous les jours et sur plusieurs tables en même temps. Certains jouent      même jusqu’à une vingtaine de tables ! N’essayez surtout pas de les imiter. Vous pouvez pratiquer sur deux tables à la fois mais je déconseille de jouer au-delà de quatre tables. D’ailleurs, beaucoup de réguliers prendraient certainement plus de plaisir et amélioreraient leur niveau et leurs gains s’ils suivaient ce conseil.

Les micro-limites : le royaume des débutants

Jusqu’à la NL 50, les tables sont essentiellement remplies de joueurs débutants. Ils ne connaissent pas ou mal la valeur des mains de départ et ne savent pas très bien, après le flop, s’ils sont en tête ou en retard. Ils sont généralement curieux et peu agressifs. Ils vont payer beaucoup mais miser ou relancer très rarement. Leurs tailles des mises sont également souvent très mal calibrées.


Afin d’être gagnant à ces limites, il faut adopter un style de jeu très serré et très agressif.
On se doit aussi de pratiquer une sélection rigoureuse des mains de départ. Il n’est pas rare de voir une relance payée par trois ou quatre joueurs. Si vous avez une main moyenne, il vous sera alors très difficile de battre tous les payeurs. De plus, la curiosité les poussera à vous payer jusqu’au bout dès qu’ils trouveront un flop favorable. A ces limites s’ajoute la taille, c’est-à-dire le prélèvement que prend le site. Elle est très importante car elle se calcule en proportion du pot. En jouant très peu de mains, vous économiserez donc également sur ce plan.
Comment jouer le plus agressivement possible. Quand vous avez de bonnes mains de départ n’hésitez pas à relancer : vous serez payé par des mains médiocres et c’est un pari gagnant sur le long terme. Après le flop, n’hésitez pas à miser vos grosses mains. Il ne sert à rien de sous jouer car la plupart des joueurs sont bien trop passifs pour tenter de vous bluffer. La curiosité du débutant poussera  même nombre d’entre eux à vous payer avec des mains battues. Pour la même raison, si vous ne connectez pas après le flop, ne vous entêtez pas à miser en bluff.
Apprenez à jouer en position. C’est l’un des fondamentaux du poker ! Vous gagnerez plus et vos prises de décisions seront plus faciles si vous jouez en position.
A ces limites, vous trouverez toujours quelques joueurs réguliers. Généralement, un ou deux par table. S’il y en a plus, changez de table. En effet, il y a assez de volume à ces limites pour ne pas être obligé de jouer entre bons joueurs. Les joueurs réguliers à ces limites ont un profil de jeu très serré et très agressif. Je les appellerai des « hérissons ». C’est eux qui sont dans le vrai, car comme nous venons de le voir, c’est le profil gagnant. Lorsque vous êtes en position, vous pouvez payez une relance avec une paire en espérant trouver un brelan car généralement ces joueurs jouent leurs mains à fond dès qu’ils ont une grosse paire. De plus, vous aurez souvent la cote si un ou deux joueurs ont payé leur relance. Mais le plus sage reste d’éviter d’entrer en guerre contre eux et de cibler plutôt les joueurs faibles.

La NL 100  : appliquer les basiques

A cette limite, les joueurs occasionnels ont un peu plus d’expérience. Nous les appellerons les « curieux mais prudents ». Ils commencent à distinguer les bonnes mains de départ et s’en servent pour relancer. Mais comme ils ne savent pas encore se discipliner, leur envie de pratiquer les pousse à jouer beaucoup de mains médiocres. Avec ces mains, ils complètent la blinde en espérant que tout le monde sera coopératif et qu’ils pourront comme ça voir un flop. Mais chat échaudé craint l’eau froide et ils respectent beaucoup plus les relances aux micro-limites. Si vous relancez avant eux, ils seront beaucoup plus sélectifs sur leurs mains de départ. Il n’est pas rare non plus de les voir compléter la blinde et jeter si un joueur relance après eux. Après le flop, ils pratiquent un poker tout à fait standard. Ils vont payer s’ils connectent et sinon jeter. La stratégie gagnante contre ces joueurs est de jouer agressif et en position. Evitez donc de leur donner de l’action lorsqu’ils relancent car généralement c’est qu’ils ont une bonne main. En revanche, dès qu’ils complètent et que vous êtes en position, relancez avec énormément de mains afin de les isoler. Après le flop, faites à chaque fois une mise de continuation. En effet, la plupart de ces joueurs ne font pas très attention à la taille des mises de continuation. N’hésitez pas à miser un peu plus si vous avez trouvé votre flop et un peu moins, si vous l’avez raté. Dans le cas où le joueur vous paye, ne vous entêtez pas à essayer de le bluffer au turn ou à la rivière. En revanche, si vous pensez être devant continuez à miser. Avec cette stratégie vous gagnerez beaucoup de petits pots. C’est moins spectaculaire que les rencontres à tapis mais comme chacun ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves.
Les réguliers étant plus nombreux en proportion, il est donc plus difficile de les éviter. C’est pourquoi, il faut commencer par apprendre à jouer contre eux. Les « hérissons » décrits plus haut sont encore en nombre. Le mieux est d’appliquer le plus possible une stratégie d’évitement. Tout le monde respectant les relances, vous aurez moins souvent la cote pour les payer avec des mains spéculatives.

Beaucoup de réguliers ont aussi tendance à commencer à ouvrir leur répertoire et à jouer plus de mains. Cependant, la plupart du temps ceux là manquent d’assurance et maitrisent mal l’agression. Le squeeze et le 3bet sont alors des armes efficaces contre ces joueurs. Il y a très peu de 3bet à ces limites et ce sont généralement des grosses mains. En ouvrant votre range, sur relancez un adversaire en position de vol de blinde ou qui isole un joueur occasionnel, vous aurez alors beaucoup de succès. Si vous êtes payé, le joueur pratiquera un poker standard après le flop car il vous pensera sur une grosse main. Comme ces joueurs connaissent la valeur de la position, gardez vous de faire des moves lorsqu’ils relancent depuis le premier de parole. Généralement, c’est qu’ils ont une bonne main.

La NL 200 : l’arrivée des petits tapis

A cette limite, les joueurs au style large et passif sont beaucoup plus rares. La plupart des joueurs ont compris que pour être gagnant au Hold’em No Limite, il faut jouer de façon agressive. 200 dollars étant déjà une somme rondelette, on ne verra pas non plus un amateur qui vient de faire son premier dépôt s’asseoir à un tel tarif. Les joueurs sont donc expérimentés et le niveau d’agression est incomparable avec la NL 100.
A ce tarif, le maillon faible est le joueur en fin de course. Il arrive à la table avec tout l’argent qui lui reste et a bien l’intention de se refaire. On le reconnait à ce qu’il s’assoit avec moins de 200 $, par exemple 146 $. Même s’il est plus expérimenté, il va aussi pratiquer un style large et passif similaire aux débutants. Il a trop peur de risquer son tapis et va hésiter à relancer avec des mains marginales. Mais comme il n’a pas la patience d’attendre de bonnes mains pour faire fructifier son capital, il veut voir des flops. Contre ce joueur, il faut appliquer la même stratégie que contre les « curieux-prudents ». Mais attention, ces joueurs sont plus dangereux car ils sont plus imprévisibles. Tel un animal blessé, après avoir joué passivement et perdu la moitié ou les deux tiers de leur tapis, ils peuvent devenir très agressifs et tenter le tout pour le tout. En faisant par exemple, tapis en bluff sur un flop qu’ils n’ont pas touché. Il faut savoir reconnaître ce passage et accepter de les payer avec une main moyenne. D’autres peuvent même devenir encore plus agressifs après avoir doublé leur mise de départ.

Attention à ne pas confondre petit tapis et petit tapis. En effet, la NL 200 marque également l’arrivée des professionnels du jeu avec un petit tapis. Ce sont des joueurs qui s’assoient avec le minimum requis et qui profitent du niveau élevé d’agression à ces tarifs. Ils poussent à tapis avec des mains solides derrière des joueurs réguliers qui ouvrent avec des mains spéculatives. Une fois qu’ils ont doublé, ils partent en quête d’une autre table. Si en revanche, ils perdent la rencontre ils postent à nouveau le minimum requis. Ces réguliers jouent sur plusieurs tables à la fois et ont un style serré et agressif très différent du joueur en bout de course.

Les réguliers sont désormais majoritaires à toutes vos tables et sont plus difficiles à piéger. A ces limites, les 3bet en bluff ou en semi bluff des mains moyennes étant légions, je vous conseille de ne pas trop employer cette arme. J’ai vu très souvent des 4bet en bluff et des réguliers engager leur tapis avec des mains aussi faibles que dix et huit assortis. Le squeeze est une technique bien plus payante. Il s’agit de faire un 3bet derrière une relance et un payeur. Il y a alors plus d’argent à gagner et la menace du troisième larron fait que le premier relanceur sera obligé de jouer de façon plus honnête.

L’autre technique pour exploiter efficacement les réguliers est de balancer son agressivité en sens inverse. C’est-à-dire de profiter des joueurs qui 3bet à tord et à travers pour les mettre à tapis avec un éventail plus large de mains, par exemple paire de neuf ou as dame.

A ces limites, le principal défaut des réguliers est d’avoir un style trop standard. Habitués à jouer contre des adversaires peu observateurs, ils sont souvent lisibles. Par exemple, beaucoup ne relancent pas cher en bluff et plus cher avec une bonne main. Certains jouent aussi toujours de la même façon leurs tirages. D’autres encore ont des automatismes dans la vitesse de leur réponse : ils relancent instantanément avec une main forte et prennent plus de temps pour leurs bluffs.

De plus, avec des 3bet en bluff ou des 4bet en bluff, la plupart des décisions se prennent pré-flop. Ce qui fait que le jeu post flop reste assez faible. Les adversaires jouent alors de façon systématique, soit trop agressive, soit trop en ligne. Pour savoir exploiter ces défauts, il vous faudra être observateur et prendre des notes. Pour cela évitez de jouer sur trop de tables à la fois et restez bien concentrés.

La NL 400 et au delà : en guerre contre les réguliers

A partir de cette limite, il est difficile de dresser le profil d’un joueur faible même si dans le lot, il vous arrivera parfois de tomber sur l’un des profils précédemment évoqué. Lorsqu’un joueur ne joue pas sur plusieurs tables et qu’il a un tapis inférieur au montant maximum de la limite, ce n’est généralement pas un joueur régulier. Mais pour jouer aussi cher, ces joueurs ont quand même une expérience du Texas Hold’em et sont donc d’autant plus difficiles à catégoriser. Les contre-stratégies doivent alors être individuelles et non pas collectives. La plupart de ces joueurs difficilement classables ont cependant très souvent un défaut commun, celui d’être trop agressif.

Les réguliers se livrent une lutte sans merci. Les « hérissons » ont disparu et font place à des joueurs au style large et agressif. Entre eux, toute relance est suspecte et personne ne veut perdre la bataille de l’agression. En pré-flop, je conseille donc d’aller à l’inverse de cette tendance et de se contenter de payer beaucoup de relances avec des mains spéculatives et les meilleures mains de départ. Ainsi, vous pourrez tirer avantage du style trop agressif de vos adversaires en les piégeant. En post flop, le jeu est meilleur qu’à la NL 200 et les adversaires varient davantage leur jeu. Comme vous êtes face à des joueurs qui réfléchissent, vous pouvez commencer à représenter des mains et faire des bluffs élaborés. Mais paradoxalement, la stratégie gagnante est peut être de jouer passivement. Le poker étant avant tout un jeu d’adaptation, pour être gagnant, il faut comprendre le style des joueurs et adopter une façon de faire différente.

La NL 1000 et au-delà : le billard à trois bandes

Si vous jouez à la NL 1000, vous n’avez probablement pas besoin des conseils de cet article. Le poker prend alors une autre dimension puisque les joueurs représentent des mains. Les mises et les relances dépendent moins de la main de chacun que de l’historique entre les joueurs, de leur image à table ou de leur position. Chacun dispose d’un arsenal de pièges et varie ses tactiques en fonction de ses adversaires. A ces limites, vos opposants sont généralement très compétents et sauront tirer avantage de la moindre de vos erreurs. Une relance avec un mauvais timing ou mal calibrée sera facilement interprétée et souvent punie.

Au-delà de ces tarifs, c’est la chasse gardée des professionnels. Sur certains sites, les meilleurs d’entre eux perdent ou gagnent régulièrement des centaines de milliers de dollars. Sans vous assoir à leur table, vous pouvez tout de même regarder ces parties pour essayer de deviner leurs mains et de comprendre leur processus de réflexion. C’est aussi l’un des grands avantages d’internet sur les casinos.

Article paru dans Live poker d’avril 2009. Le panorama du cash game online a connu beaucoup de changements depuis lors, certains profils et stratégies restent…

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