Sep 29

Nouveau rebondissement dans le scandale Full Tilt

Tag: Dans la tête de sharpsharp @ 5:41

Cinq mois après le « black Friday », on commence à voir clair dans le naufrage de Full Tilt Poker. Décryptage pour les non initiés.

Nouvelle attaque du DOJ contre Full Tilt

Par le biais du Procureur de New York, le Département de la Justice (DOJ) a intenté une action contre quatre dirigeants pour escroquerie sous forme de chaine de Ponzi. C’est pour l’instant une action au civil, mais si l’enquête avance une action pénale pourrait suivre. Ceux qui ont suivis l’affaire DSK seront faire la différence. Sous les mêmes chefs d’accusation, Bernard Madoff a écopé au pénal de 150 ans de prison.
Une chaine de Ponzi, du nom du premier escroc, fait miroiter de riches retours en se servant des nouveaux dépôts afin rémunérer les premiers investisseurs.


Pourquoi de telles accusations ?

Les joueurs ayant déposés sur le site n’étaient pas à proprement parlé des « investisseurs ». Les termes ont été choisis afin de faire la une de la presse et marquer les esprits dans la lutte que mène le gouvernement américain contre le poker en ligne.
Cette action révèle néanmoins que la société courrait à la faillite et ce bien avant le black Friday. Quinze jours avant, le 31 mars, la société avait en caisse 60 millions de dollars alors que le total des dépôts des joueurs représentait 390 millions. Cela n’a pas empêché alors les dirigeants d’en utiliser une partie afin de s’octroyer des millions de “dividendes”.
Le procureur évalue en tout à 440 millions de dollars, les sommes spoliées sur les dépôts des joueurs.


A qui appartient Full Tilt poker ?

Full Tilt Poker (FTP) était un enchevêtrement de sociétés dont les bénéfices étaient dirigés vers « Tiltware ». Cette société regroupe les vrais propriétaires, pour la plupart des joueurs pros. Dans son référé le procureur en compte « approximativement 23 ». Pour la plupart ceux qui ont fondé la compagnie en 2003. Les parts sont proportionnelles à leurs investissements et aux deals passés à l’époque. Vous vous souvenez peut être de Clonie Gowen, ancienne membre de la team. Exclue en 2008 elle déclarait alors détenir 1% en échange de son travail de promotion. Elle a perdue son procès et s’est pourvue en appel. Après son lancement, la room a recruté quatre stars peut être contre un pourcentage de la société : Allen Cunningham, Gus Hansen, Patrick Antonius et Tom Dwan. Le dernier a toujours affirmé ne détenir aucune part de la room.

Qui sont les quatre accusés et pourquoi eux ?

Les stars du poker ont d’autres préoccupations que de gérer une société. Ils ont délégué la gestion aux quatre accusés. En voici la liste avec entre parenthèses le montant de chaque amende demandée par le procureur.
-    Rai Bitar (41 millions d’amende), déjà inculpé dans la première action du Black Friday. Ancien trader il est le PDG et celui qui prenait la plupart des décisions.
-    Howard Lederer (42 millions) et Chris Fergusson (25 millions) que l’on ne présente plus.
-    Rafe Furst (12 millions), joueur moins connu il faisait partie des pros, mais pas de la Team.
Pour leur gestion, en plus des dividendes, les quatre se partageaient une rémunération de 10 millions par mois.
Les amendes ne sont pas proportionnelles aux parts d’action de la société qu’ils détiennent, mais aux montants que chacun a effectivement perçu. On peut envisager que sachant la société en mauvais état, Chris Fergusson a renoncé à toucher des dividendes. Ou bien Lederer était plus rémunéré que les autres car plus impliqué dans la gestion de la room.

Que risque nos stars préférées ?

Les autres actionnaires devraient en toute logique être poursuivis à leur tour.
Ils pourraient se retourner contre les dirigeants sous prétexte qu’ils ignoraient tout. Phil Ivey l’a fait, le 31 mai dernier, clamant que son nom avait été sali et sa confiance trahie. Il a depuis retiré sa plainte.
Si les dirigeants sont à ce point incapables, comment expliquer que le reste des actionnaires les maintiennent en place depuis le black Friday ?
On peut également s’étonner que des personnes aussi intelligentes, n’aient pas suivi de plus prêt les comptes de la société. Ils avaient une rente à vie et une retraite dorée assurée, alors que pour certains, sans sponsor, leur capacité de vivre du poker reste à démontrer.
Tom Dwann a déclaré qu’il reversera l’intégralité de tout ce que la room lui a attribué afin de rembourser les joueurs. Pas sûr que tous les propriétaires puissent le faire sans devoir emprunter.

Où sont passés les millions de chiffres d’affaires ?

La réponse est surprenante, pour 120 millions dans la poche de joueurs américains ! De façon inexplicable, la room a laissé jouer pendant des mois des milliers d’entre eux à crédit. Quand les USA ont interdit le poker online fin 2006, leur action a été de bloquer leurs possibilités de dépôts sur les sites. C’est d’ailleurs les méthodes de détournement des circuits financiers qui ont conduit au Black Friday. Contrairement à son concurrent pokerstars, FTP a continué à accepter les chèques de banque, alors que les banques US refusaient de payer la room en retour. Les joueurs pouvaient perdre ou transférer à un ami et redéposer un nouveau chèque en bois.
Les autres exemples de mauvaise gestion sont légions. Par exemple le responsable de la boutique FTP, par ailleurs le frère d’Howard Lederer était rémunéré un million de dollars par an.  Vous en trouverez bien d’autres dans le forum.

Et les joueurs spoliés dans tout ça ?

Ce n’est qu’une hypothèse, mais si l’action du procureur aboutit, le montant des amendes infligées à la bande des quatre devrait permettre de rembourser les joueurs US. Ce serait un formidable coup de pub pour le DOJ dans sa guerre médiatique contre le poker en ligne. En plus d’apporter la preuve que les sites sont dirigés par des escrocs, ils auront secouru leurs citoyens.
A moins que tous les actionnaires de Tiltware ne remboursent, il y a peu de chance que les autres joueurs ne revoient leurs fonds. Le gouvernement américain n’aurait rien à gagner dans cette opération. Je vois mal les joueurs du monde entier s’organiser en « class action » et plaider une part du gâteau devant les tribunaux outre-Atlantique. Au bout de la chaine, les français me paraissent les plus mal lotis.

Quels repreneurs pour Full Tilt Poker ?

Je ne sais pas si c’est un contre feu. Depuis cette nouvelle action en justice, les forums font courir la rumeur que le rachat de la room est imminent. Les repreneurs seraient des français. J’ai lu Partouche, Barrière, ou le fils de Bernard Tapie. Voilà un placement utile pour les millions octroyés à son papa par l’Etat Français. La solution miracle pour les joueurs qui pourraient alors être remboursés.

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