J’avais fait part de ma déception dans une critique sur le premier ouvrage de Negreanu. Certains ont répondu dans les commentaires : « ben non, tu t’es trompé t’as pas lu le bon, …». « Ah bon y en a un autre, ben pourquoi a-t-il écrit celui là alors ? » me dis-je. Mais bon public, j’ai quand même acheté Power hold’em Strategy (PHS)

Auteur : Negreanu et ses copains
Niveau : débutants

La structure du livre

Le livre est construit comme Super System de Doyle Brunson.  Super system essaye de traiter toutes les formes de poker. PHS ne traite que la variante à la mode, le Hold’em No limite.
Comme Doyle Brunson il a demandé des contributions à ses amis. Le plateau est moins relevé. Une ex et par ailleurs très bonne joueuse féminine, deux copains, Todd Brunson, probable retour d’ascenseur au clan Brunson qui avait offert à Negreanu d’écrire un chapitre dans Super system 2, et Paul Wasicka qui fut un des premiers à rejoindre le site de vidéos éducatives monté par Daniel Negreanu.

Le contenu par chapitre

Le premier chapitre d’Evelyn Ng est censé s’adresser aux débutants. En fait elle reprend, en moins bien, la stratégie décrite dans Kill Phil. Comme ce dernier livre vient d’être traduit en Français, avec un ajout d’Elky, je vous conseille plutôt ce dernier.

Le second chapitre, de Todd Brunson, s’intitule “winning at high limit cash game”. Tout un programme. Ce n’est pas le plus mauvais chapitre du livre. Dans le peu de place qui lui est accordé, il donne quelques conseils. Combien s’acheter, les profils des adversaires, la texture du board et les mains pièges. Tout est abordé très superficiellement. Je ne pense pas que le contenu suffise pour gagner en high stakes mais la lecture peut donner quelques éclaircissements à des débutants.

Le troisième chapitre d’Erick Lindgren s’intitule « playing NL Hold’em online ». Peut être un des contenus les plus décevants. C’est en fait une reprise d’articles qu’il a déjà écrit comme dans « tips from the pro », articles gratuits pour full tilt ou dans son livre. Rien d’intéressant.

La quatrième partie n’est guère plus riche. Paul Wasicka est sensé expliquer le short handed NL Hold’em. En fait dans un chapitre très court, d’une vingtaine de pages, il reprend quelques conseils que l’on retrouve sur tous les forums. Une page sur le bank roll management. Cinq pages de conseils du genre prenez des notes, jouez moins de tables, pratiquez la sélection de tables, jouez sur différents sites. La stratégie se limite à un conseil, être agressif. Il décrit quelques styles : le bludgeoner (agro en fait), le crafty (tricky en fait), le short stacker (rien d’intéressant) le maniac (idem). J’arrête la vous avez compris.

La cinquième partie est de David Williams. C’est le joueur, ou son nègre, qui a le plus travaillé après Negreanu. Les autres articles ont du être écrit en moins d’une semaine. Mixing it up fait l’apologie de jouer loose en tournoi. Le contenu n’est pas très structuré mais il y a beaucoup d’exemples et de points de vue qui peuvent donner matière à réflexion. Dans le même style un joueur comme Gavin Smith aurait je pense plus de contenu à apporter.

Revoyons le dernier chapitre écrit par Negreanu lui même. Il s’intitule « small ball ». Normal c’est ce qui a rendu le canadien célèbre et ça fait compliqué. Je le renommerai volontiers, « guide pour bien jouer en tournoi à l’adresse des joueurs débutants ». C’est moins vendeur mais plus réaliste. Ne pensez pas que je cherche à dénigrer ce travail. Ce n’est pas évident à écrire et la plupart de ceux qui achètent un livre d’une star comme Negreanu sont des débutants. Depuis le best seller des Harrington on Hold’em, beaucoup d’ouvrages ont été écrits sur le sujet et en direction de la même cible. Ce n’est pas le plus mauvais, loin de là. Ce n’est pas le meilleur non plus. L’idée de présenter la stratégie sous l’angle du small ball, empêche l’auteur de développer un système basé sur la profondeur des tapis. Par nature le jeu en small ball s’applique qu’avec des tapis profonds. Negreanu consacre un sous chapitre a « playing a short stack ».  Mais il n’y a pas que des short stack et des big stack, il y a plein de stack intermédiaires.
Il y a d’autres parties importantes en tournoi ignorées. Comme le jeu pour et dans les blindes. Mais il y a pas mal de bons exemples. Des stratégies simples à mettre en œuvre au flop au turn ou à la rivière, qui seront je pense à même d’aider un joueur débutant.

Mon verdict

Un bon chapitre et demi ne sauve pas un livre et je reste sur ma faim. Il n’a pas changé mon opinion. Negreanu est devenu un Phil Hellmuth bis qui cherche à tirer le maximum de blé de son statut de star. Comme le reste ses livres n’ont pas plus d’intérêt que ceux de son aîné.
Negreanu privilégie la forme au fond. Un exemple parmi d’autres, son site vidéo. C’est de loin celui qui à la plus belle page d’accueil. Mais,  en revanche,  c’est le seul site à ne pas afficher la liste des vidéos si l’on n’est pas membre. Si l’on s’abonne, on ne sait donc pas pour quel contenu. Une fois encore, la forme l’emporte sur le fond.