Niveau : débutants

Je ne sais pas pourquoi j’ai décidé de vous livrer mon opinion sur le dernier Collin Moshman. C’est toujours une torture que d’écrire la critique d’un livre que l’on n’aime pas.
Saluons quand même le courage de l’auteur qui s’attaque à des sujets pas très développés dans la littérature poker. Son premier livre « SNG strategy » est même L’ouvrage de référence sur les sit and go. Et il n’est pas trop mauvais. Vous trouverez ma critique, « gentille », dans ma prochaine chronique de Live Poker.
Dans la lignée de son premier livre, on a du demander à Collin Moshman un ouvrage du même type sur les SNG heads up. Et il aurait du s’en tenir là et aurait fait un meilleur livre. Mais il a voulu écrire sur le heads up en général. C’est source supplémentaire de confusion pour les lecteurs et pour lui-même.


Autre défaut structurel, contrairement à son bouquin sur les SNG, la plupart des exemples sont tirés de vrais matchs tête à tête.  En fait du National Heads Up Championship. Un show télé sur CBS, réunissant chaque année les stars du poker que l’on voit tout le temps à la télé et quelques stars du show biz. La structure est horrible, très peu de mains sont montrées et les commentaires sont, comme souvent à la télé, pathétiques. C’est bien dommage. Je trouvais que la qualité des exemples sauvait le livre sur les SNG. Ici sur beaucoup de mains on ne connaît pas la profondeur des tapis, et l’auteur se laisse parfois avoir en suivant l’analyse de la main des « experts » de la télé. Du genre quand un joueur a top paire et que son adversaire est à tirage, « il devrait miser au turn afin de protéger sa main ». Un seul hic, le joueur n’est pas à la télé et ne connaît pas la main adverse. Il a moins de souplesse qu’avec des exemples fictifs où il pouvait tripoter les profils des joueurs, les tapis ou les tours de mises pour démontrer un propos.
Je vais partir du postulat de base que ce livre est destiné aux débutants. Pas débutants au poker mais en heads up. Si le terme débutant vous semble péjoratif, remplacez-le par « non-expert ».
J’ai lu une première fois le livre, n’ai rien appris, ce n’est pas tout à fait vrai on apprend toujours d’un livre.  Je l’ai lu une seconde fois en me demandant : « qu’est ce qu’un débutant peut en tirer ? »  Voici mes conclusions chapitre par chapitre.

Partie 1 : The fundamentals

L’auteur mélange des fondamentaux (Pot odds, EV,…) et des techniques (continuation bet). Ca ne va pas aider le débutant. Il ne parle pas du tout de la profondeur de tapis aspect critique de la stratégie en NLH et en Heads up en particulier. La partie math est bien expliquée. Rien d’extraordinaire, l’auteur a fait des études de maths et il y a matière à trouver des exemples sur les forums, dans des vidéos ou des bouquins.
Bonne idée de conclure le chapitre avec un match. Ca permet d’illustrer de façon ludique plusieurs techniques.

Part 2: Playing styles and exploiting styles

La seconde partie traite des différents styles et comment les affronter.
C’est bien d’en avoir fait un chapitre. Savoir s’adapter à son adversaire est la clef en heads up.
En revanche, il ne donne pas assez de profils de joueur, ni assez de techniques pour déterminer les profils.

Part 3: Pot size manipulation

Cette partie concerne le contrôle du pot. J’aime bien son principe du nombre de bets selon la force de la main. C’est bien expliqué et sera très utile à de nombreux joueurs débutants.
Par exemple avec top paire weak kicker vous voulez 3 bets après le flop.
Scénario : vous bettez au flop votre adversaire paye (1 bet)
Vous misez au turn (2 bets) et il vous relance (3 bets). Vous pouvez payer et jeter si votre adversaire barrel à nouveau la rivière. Car votre main n’est pas assez forte pour supporter quatre mises.

Part 4 : Crucial heads up concepts and situations

Cette partie est encore un fourre tout. Je ne vais pas détailler mais chaque point est décevant.
Par exemple le 3bet ne traite absolument pas de la profondeur de tapis. Et pourtant vous ne verrez pas la même fréquence de 3bet lors d’un sit and go avec 75 BB au départ ou dans un cash game avec 200 BB au départ.
Le seul moment où il traite de la texture du flop, est pour parler des tableaux avec une paire.

Part 5 : Cash and tournament format

Cette partie est une plaisanterie. Pour comparer cash et tournoi, l’auteur donne la formule qui tue. Imaginez que vous jouez un SNG à 20$ avec 1500 de jetons. Vous divisez 20/1500 et vous savez que chaque jeton a une valeur de 0,013333$. Ca ne sert absolument à rien. C’est même à mon sens contre productif de se focaliser sur la valeur de l’argent quand on joue.
Sinon cette partie traite de bataille de blindes en table pleine -c’est une forme de heads up ! - abordée en dix lignes et deux exemples. Ou le cas loufoque où on joue avec une Straddle. La Straddle, c’est ce qu’on appelle dans les cercles l’option : le joueur UTG double la grosse blinde et parle en dernier avant le flop. Je ne savais pas que cela se jouait en heads up. Concrètement la petite blinde poste sa blinde et l’option et parle ainsi après la grosse blinde ! Génial non ?

Part 6 : Metagame

Des aspects intéressants dans cette partie comme le métagame, l’image, avoir un style exploitable. Le problème est que ces concepts dépassent beaucoup trop l’auteur pour qu’il puisse bien les traiter.

Part 7 : Career play

La encore des sujets intéressants et mal traités. L’auteur fait un chapitre sur les buyins pour conclure qu’il n’y a pas de différences entre un joueur à 2$ et un joueur à 5000$. Il parle des trackers sans donner des seuils et il conseille le data mining qui est déconseillé en heads up car un bon joueur ne va pas jouer de façon identique contre 2 adversaires. Il aborde la sélection de table mais ne donne pas d’autre conseil que « éviter de jouer contre meilleur que vous ».

Conclusion : Si j’étais un joueur débutant je pense que je serai sorti de la lecture perdu, j’en suis sorti énervé.