juil 29

La peur de gagner

Tag: Humeurguilmour @ 20:28

Oui je sais c’est un peu débile de dire ca, mais parfois j’ai l’impression d’avoir peur de gagner.

J’avais lu un article sur la psychologie du poker (articles qui ont l’avantage de n’être jamais démodé) qui racontait une vérité très simple sur la gestion de nos sessions. L’article expliquait simplement qu’il faut continuer à jouer quand on gagne et s’arrêter quand on perd. Ça semble évident mais c’est totalement contre nature. On insiste souvent sur la 2eme partie de la phrase en l’extrapolant sur la gestion des bad runs, mais vivant actuellement un good run de malade, je me rend compte qu’on oublie souvent la première partie.

La témérité de perdre

On a tous connu le sentiment de vouloir se refaire après avoir perdu 1 ou 2 cave, c’est horrible de devoir s’arrêter quand on vient de se prendre 2 bad beats face à un fish de première, pourtant c’est ce qu’il faut faire. Dans son dernier cours de limit, Eloi explique qu’il conseillait de quitter au bout d’une perte de 50 BB en limit (ca fait 200 $ en 2/4 par exemple) et qu’il ne mettait que 100 $ sur la table afin de s’obliger à en remettre une deuxième et donc dernière fois. Ca doit être sa manière de reconnecter la partie intelligente de son cerveau à sa partie reptillienne qui elle aimerait bien continuer à jouer ou devrais-je plutôt dire continuer à perdre… Là on rentre dans l’analyse du tilt qui chez certaines personnes comme moi prend des allures masochistes : je perd tellement que j’ai envie de tout perdre pour prouver à tous “how bad i’m running”, c’est évidemment complètement débile.

Les joueurs qui ne sont pas sujets au tilt, un joueur comme dontakemychips par exemple, rencontre quand même le 2eme problème d’une défaite à une table. En effet si on perd, c’est que les autres joueurs à table gagnent, ils sont en confiance, et donc ils jouent mieux, et ils savent que vous êtes sur la corde raide tout ca cumulé fait que notre espérance de gain diminue ==> il faut donc s’arrêter.

Le courage de gagner

Le problème c’est qu’après avoir vécu des bad runs ou des sessions avec grosses pertes, on a beau se dire que ça va revenir, on est quand même déstabilise et la cicatrice reste béante dans notre cerveau. Pas de reset possible ou de format C:… Et quand le good run arrive, on ose plus y croire, en fait on se rend compte qu’on est pas un si mauvais joueur que ça (on commençait franchement a en douté) et notre bankroll remonte dans le vert, le win rate est impressionnant sur la période, on finit par se rendre compte qu’on a quand même eu du cul sur 2 ou 3 coups clés mais on se dit que ce n’est que justice vu ce qu’on a du encaisser pendant 2 ou 3 mois…

Tout ça c’est cool, mais… quand je commence à gagner il m’arrive un truc bizarre, là où j’étais indécrotable, accroché à ma souris en phase de perte, je commence à me demander si j’ai pas mieux à faire que de rester à table, je me dis que ma foi “j’ai suffisamment gagner”, “100$ c’est déjà bien” (alors que quand je perdais c’était plutôt 300 ou 400 $), bref comme on est entre nous , la vérité c’est que j’ai peur comme une fillete de tout reperdre…

Le remède?

Quand on est en phase de perte, tout le monde, moi y compris, y va de son petit conseil :

  • “Fait un break” (Les mecs qui proposent ca, ils ont du jamais avoir de bad run, parce que perso quand je suis en train de perdre j’ai vraiment pas envie d’entendre ca :) )
  • “Change de variante” (Ben voui, comme j’y connais rien, je vais perdre encore plus vite)
  • “joue moins cher” (De toutes façons j’ai plus la bankroll, merci de me le rappeler)
  • “Revois tes sessions” (Histoire de remuer le couteau dans la plaie?)

Je propose donc, en exclusivité, le remède anti-contre-tilt :

  • “Joue plus que la normale”
  • “Ne joue qu’à une variante, celle où tu gagnes”
  • “Monte de niveau”
  • “Efface tes sessions de ton tracker”… euh mouais…

Voilà pour le Guile

@+

2 Responses to “La peur de gagner”

  1. john t. chance says:

    Je crois que ce dont tu parles là est l’une des raisons pour lesquelles je suis mauvais en cash game. Dès qu’une session se passe moyennement bien, par exemple +1/4 de cave, je ne supporte pas de rester à table. Si on pouvait faire du chip dumping, je crois que je le ferais. Après quand on joue en limit, ce n’est pas pareil, parce que tu ne crains pas vraiment de reperdre ce que tu as gagné. Par contre quand je perd, je ne suis pas non plus capable de rester longtemps à table.
    Ton article m’a aussi fait pensé à un truc par rapport au changement de variante. Je pense que ce n’est pas bon de se dire “je n’y connais rien”. C’est une sorte de déformation de joueur un peu mécanique. Je veux dire que si on est un joueur de no limit hold’em, on a lu des articles, vu des vidéos… on a une certaine technique et on sait qu’on n’a pas ces connaissances techniques dans d’autres variantes, mais je crois que c’est à ça qu’on devrait voir qu’on n’est pas un joueur de poker mais juste un bon élève qui a bien appris ses leçons. Si on veut être un joueur de poker, il faut dépasser la technique spécifique à telle ou telle variante pour approcher de l’essence du jeu, pour dire les choses de manière pompeuse. Il faut sentir ses moments, comprendre l’adversaire et exploiter ses faiblesses.
    Par exemple lors du championnat d’été de l’an dernier, Nico, qui est un joueur que je respecte énormément pour sa compréhension véritable et profonde du jeu, a remporté l’épreuve de horse en n’ayant jamais fait de razz auparavant. Et pourtant il a explosé tout le monde en razz. Avec une chance à la limite de l’insolence parfois mais qui n’empêche rien au fait qu’il a instinctivement compris le jeu.
    Autre exemple, avant les WSOP de cette année, Tom “durr” Dwan n’avait jamais joué de 2-7 draw. Pourtant il a terminé 7ème du mixed event qui contenait du 2-7 triple draw ET 8ème du no limit 2-7 draw, deux event très chers de spécialistes. Je pense que la raison en est toujours la même : c’est un vrai joueur de poker.
    Ceci pour dire que le conseil de changer de variante qui m’a toujours intrigué aussi a en fait du sens car ça peut nous permettre, de penser, non plus comme un technicien (et comment un technicien pourrait-il ne pas être affecté par l’idée que l’on puisse tout faire bien et quand même échouer) mais comme un joueur de poker.

  2. Behe says:

    Merci Guile pour ces quelques reflexions. Je ne sais pas si cela vient de mon parcours d’avant poker ou pas (finance, stats), mais perso, le fait de continuer quand on gagne et de s’arreter quand on perd (je m’arrete meme parfois apres avoir perdu 2 ou 3 petits coups car je ne sens pas la session) n’a jamais ete contre-intuitif. Quand je perds deux ou trois caves, j’eteinds l’ordi et je me dis que ca ira mieux demain. Je n’ai pas le desir de “me refaire” sur le champ. Le cash game, c’est du long terme.

    Merci a John pour sa remarque sur les variantes. Je suis d’accord a 100%. Connaitre beaucoup de variantes donne une comprehension globale du poker. Et puis c’est comme les langues, plus on en parle, plus on a l’oreille fine et la comprehension des syntaxes, et plus c’est facile d’en apprendre d’autres.

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