Deception Value
Au poker, on peut miser pour plusieurs raisons: rentabiliser la valeur de notre main (raise for value), faire passer notre adversaire (folding equity / bluff), bloquer une potentielle mise supérieure (blocking bet)…
Mais on peut aussi ne pas miser ou relancer pour différentes raisons: économiser des mises avec une main médiocre (le plus fréquent) ou bien induire notre adversaire à bluffer sur les prochains tours d’enchères.
Ce dernier point est fondamentale, c’est l’embuscade: le piège classique destiné à contrer les joueurs agressifs. Les anglo-saxon, dont le langage est super précis, ont mis un mot sur ce dernier concept: the “deception value”.
Dès que nous avons une grosse main, nous cherchons à la rentabiliser au maximum. Les actions qui s’opposent sont raising for value et checking/calling for deception value. Pour l’exemple, je vais prendre un cas de PLO et un cas de Limit Holdem.
As Ah au gros blind en limit holdem face à une relance du bouton. Le coup majoritaire sera clairement le 3bets pour la valeur de la main. Cependant le call sec est une option peu couteuse en terme d’EV contre un adversaire moyen.
Quelles sont les facteurs déterminant dans votre prise de décision ?
Pour bien comprendre l’idée nous allons étudier 2 profils. Le premier est un maniac (40/30/3) qui fait 100% de CB, 90% de second barrel et 80% de 3 barrel. Le second est un joueur tight qui ne fait le second barrel que dans 50% des cas et qui va à l’abbatage trop souvent.
Il est clair que contre le premier joueur, nous allons attendre la river (ou la turn) pour le relancer alors que nous ferrons un raise direct contre le second.
Contre le maniac
Le maniac joue les coups à fond. Il ne connais pas la zone de check à la river avec un jeu moyen. Il va soit penser que sa main est gagnante et faire un value bet, soit penser que sa main est perdante et faire le bluff du désespoir. La maniac va passer dès qu’il rencontre une résistance dans les gros bet, raiser la turn dans les cas ou il a un jeu dans le bas de son range est contre productif. Contre lui, je suggère le call/check-call/check-call/check-raise à la river.
La tight passif
Il a une main de départ correcte. En principe sa main à de la showdown value (un As ou une paire). Dans cette configuration le plus simple est de faire gonfler le pot immédiatement afin de lui donner une cote attractive pour nous suivre jusqu’au showdown. Le scénario catastrophe: call preflop, check-call au flop, check-check à la turn et bet-fold à la river. En effet dans ce cas il y a 3 gros bet à la river et sa cote de 4 contre 1 va lui permettre de jeter un As high.
Les éléments essentiels pour la prise de décision dans cette configuration:
- le pourcentage de 2nd barrel (s’il est au dessus de 80% attendre la turn)
- l’attempt to steal (si range de main en dessous de 30% relancer preflop)
- le Went To Show Down (s’il est bas on peut attendre la river pour relancer)
Quid du metagame ?
Supposons maintenant que nous jouons le coup contre un regular observateur. Contre ce genre de joueur ma préférence sera sans doute le check-raise à la turn. Dans le cas ou je suis payé, la paire d’As à l’abattage jouera un role traumatisant contre le second barrel. Je pense qu’il est important de lutter contre un second barrel systématique, et j’opterai sans doute pour cette option.
Un exemple au PLO
Nous avons une paire d’As moyenne (1 couleur), 8 joueurs à table, un adversaire relance UTG+1, nous sommes juste derrière, nous jouons avec 100 gros blinds.
En faveur du call:
- un joueur peut relancer derrière et nous allons faire une grosse sur-relance preflop à environ 60 blinds (facile à jouer postflop, EV+ garanti)
- Notre main est embusquée, nous pouvons gagner un coup énorme avec set over set
- Nous avons une couleur max, c’est une valeur décente dans un pot multi-way
En faveur du reraise:
- On relance pour la valeur de la main: c’est EV+
- On multiplie les chances de jouer HU ce qui est préférable avec notre paire d’As
- On a la position sur le joueur potentiellement dangeureux.
Notons que si notre sur-relance affiche une paire d’As (si nous ne sur-relancons jamais avec d’autres type de mains), alors c’est très grave.
Notons aussi que en Heads Up nous sommes favoris à 60% contre le range de main du relanceur. Les sommes que nous mettrons en plus preflop ne valent pas si chère que ca en espérance de gain.
Pour le PLO, je dirai que le facteur déterminant est notre metagame. Le coup majoritaire sera la call for deception value si vous n’êtes pas capable de sur-relancer avec des mains compactes connectées. Il est fondamentale de ne pas divulguer une paire d’As preflop, la valeur de la relance preflop ne compense pas cette information au PLO.
Le dernier fish tombera-t-il dans le piège de la “deception value” ?



11 octobre 2008 à 10:17
J’ai souvent vécu le scénario catastrophe dont tu parles, depuis c’est c/r au flop systématique, si en plus le flop est drawy, mon adversaire me voit sur un semi-bluff et me call jusqu’au bout.
Sinon vraiment intéressant ce sujet sur le métagame, ce serait sympa d’avoir un article complet qui explique ce concept! @+