mar 16
L’Arabie sous le soleil de la censure
Bonjour a tous,
me voila de retour d’Arabie. Il y fait maintenant tres chaud, mais les habitants sont habilles comme il y a un mois : les hommes en costumes traditionel blanc, les femmes en robe noire …
Tout commence bien puisqu’a l’aeroport le taxi de l’hotel n’est pas present etant donne que mon collegue qui etait deja sur place s’est trompe de 2h en filant mon heure d’arrivee a la reception de l’hotel.
Resultat ne voyant rien venir au bout de trente minutes je me resouds a prendre les services d’un gars du cru, qui doit avoir autour de 60 ans. Comme les taxi n’ont pas de compteur ca veut donc dire marchandage du prix. Ici tout se marchande, meme dans les centres commerciaux, les galeries marchandes, les prix ne sont pas toujours affiches.
Souvent ca discute dans une ambiance bon enfant, ca fait parti du jeu. Par contre en etant de mauvaise humeur ou fatigue, c’est disons le parfois penible, d’autant plus que si on a pas un etat d’esprit positif les debats peuvent s’enliser.
La justement je l’ai tout de suite calcule ce gars la en tant que gros marchand de tapis de premiere et j’aurais mieux fait d’en prendre un autre mais disons qu’apres une journee de voyage demarree a 5h du matin j’etais un peu presse d’arriver. Je me disais aussi que de toutes facons je n’allais pas m’en laisser compter mais c’etait sans imaginer a quel point il allait etre reloud ..
Etant venu la derniere fois je savais que pour un bon taxi c’etait dans les 70SAR (1 EUR = 5 SAR) alors je m’attendais a payer 50SAR etant donne que le sien etait vraiment pourri, avec meme des fissures en travers du pare-brise.
Je lui dis 10 euros il fait un genre de signe de tete pour que je monte et on part. A peine parti, il prend une mine choquee et me repond que c’est au moins 40 euros. A mon tour d’avoir la tete du mec surpris et de lui repondre en gros que pour 40 euros il peut toujours se brosser :
- 40 euros ? Are you joking ? I will never pay that.
- No no, not joking ! Last time I take 4 pakistans, they each of them pay 50 riyals, pay 200 riyal for me !
Honnetement, c’est pas histoire de megotter sur 10 ou 15 euros, mais de pas se faire prendre pour une bille uniquement parce qu’on est etranger. A Jeddah un MacDo ca coute 15SAR soit environ 3EUR, disons que le cout de la vie est un peu plus que deux fois moindre qu’en France. Quand le gars reclame 40 euros pour faire 10 kms c’est comme si en France on me reclamait directement 80 euros et je trouverais aussi que c’est abuse.
Du coup je lui sors :
- Yo man, I came here before, I know the price. To travel within Jeddah I pay only 20SAR in general. I work with Saudi people, they told me the price.
Je sens que mon argument a fait mouche, le chauffeur change de registre, il passe a la flatterie :
- Oooh … yes, but you good man sir, you good money. You go to good hotel … Goood man ..
Et ce disant il pose sa main droite sur mes mains et les serre doucement. Ca devient lourd. Je degage mes mains et commence a regretter de plus en plus d’etre monte dans sa charette.
On roule un peu, il reprend le mode du chauffeur offusque :
- If you tell me you pay me 50 Riyal, I would never take you to hotel !
Puis il enchaine sur une partie destinee a m’appitoyer.
- 6 children I have ! And look this car I rent, I pay 100 SAR to rent for the day !
Il exhibe un chiffon de papier ecrit en arabe suppose prouve qu’en effet il a loue cette epave pour 20 euros.
- You’re number one today, if you do not pay me enough I will lose money ! You goood man sir, you good money …
Vraiment sa melopee commence a me gonfler serieusement. A peine debarque d’une longue journee de voyage me voila en plein folklore local et meme si les frais sont rembourses par la boite je vais pas me faire delester de 40 euros par ce gars la. Qu’est-ce qu’il a foutu de sa journee pour que je sois son premier client ? J’y vais a la rentre dedans :
- Why didn’t you take other customers today ?
- You number one, number one, repete-t-il sans repondre a la question …
Je sens que ca peut degenerer a tout moment. Il est certainement frustre car il pensait pouvoir peut-etre arnaquer son client de la journee en toute tranquillite, a la place de ca il tombe sur moi, avec mes deux heures de sommeil de la nuit derniere, ma tete de bois et mon humeur massacrante. J’ai bien envie de lui dire de me debarquer la directement mais ma valise est dans son coffre, et si on en arrivait la il serait bien foutu de se barrer avant que j’ai pu la recuperer.
Il me saoule tellement que je tente le deal de la paix.
- Ok ! I give you 20 euros and this is it. Ok ?
- Ok ok, dit-il d’un air resigne
Il prend un air malheureux alors qu’il vient de gagner le double du tarif normal. Quel comedien, il aurait un prix a la ceremonie des Escarts, sans aucun doute.
Et apres a peine 3 minutes, le voila qui repart a la charge, sans aucun scrupule. Quel reloud du marchandage quand meme :
- 20 euros, plus tip, good tip, you good money …
Gonfle le mec, ca fait 15 minutes qu’il me brise les noix et maintenant il reclame un pourboire par dessus le marche.
C’est clair que son pourboire ce sera la bulle, j’ai plus envie de discuter, il insiste tellement que je finis par lacher :
- It will be 20.
On arrive dans les parages de l’hotel. Il perd son chemin. Ok, il ne sait pas ou se trouve l’hotel. A mon tour de le gonfler, j’avoue c’etait pas utile directement mais je tenais a prendre un peu de ‘marchandage equity’ pour la prochaine street de reclamations qu’il ne manquerait pas de faire ..
- What ? You told me you know where is the hotel, in fact you don’t know ?! Ahhh Grosse malheur !
Le chauffeur n’est pas tres joyeux, on arrive sur une espece de grande avenue avec le desert de chaque cote. Il apostrophe un pauvre gars, genre travailleur Pakistanais, qui sont consideres comme des moins que rien ici, comme si c’etait son chien :
- Waaahallaa ! Lance-t-il sous forme d’un long cri guttural.
Apparemment il lui demande la route. Nous voila repartis. On arrive devant l’hotel, enfin.
Il doit sortir de sa caisse pour ouvrir le coffre avec une espece de pince car la clanche est cassee, tout en faisant ca il demande encore :
- Tip ! Tip ! Gooood money.
Je lui file 20 euros et entre dans l’hotel.
Changement de decor. Park Hyatt, 5 etoiles. Je dis pas qu’on doit crecher dans des auberges de jeunesses quand on part en mission mais bon la c’est carrement le grand luxe. L’hotel est construit sur une propriete royale saoudienne et des membres de la famille royale y sont actuellement loges. Les berlines rutilantes se succedent devant l’entree ou les majordomes en livree accueillent les visiteurs a tour de role.
Ils ont un peu du halluciner d’ailleurs quand ils nous ont vus arriver moi et super marchand de tapis dans sa caisse pourrie. Le premier soir j’ai pas trop eu le temps de visiter l’hotel par contre le lendemain je suis aller profiter des installations sportives.
L’hotel est tres recent, il a 6 mois je crois. Au lieu d’etre en hauteur dans une tour, il est organise sous forme de batiments en longueur, de 2 ou trois niveaux, le tout dans un parc en bord de mer. Ca lui donne un cote plus residentiel. Les salles de sport sont situees dans un batiment un peu a l’ecart.
A la sortie de l’hotel, un majordome me propose de m’emmener dans une petite voiture jusqu’aux installations sportives. J’etais pas au bout de mes surprises. En fait tres peu de clients visitent ces installations, pour 2 raisons principalement je pense : Elles sont un peu a l’ecart du coup ca elimine les personnes qui se seraient laissees tenter si il suffisait de prendre un ascenceur pour y aller. Et puis ici il y a pas mal de saoudiens bien en chair qui n’en ont rien a cirer de faire du sport !
Dans le hall je suis donc le seul client present, face a moi 3 jeunes gars, des indonesiens ou des pakistanais, qui doivent etre dans la vingtaine, impeccablement vetu d’un t-shirt blanc, short blanc, tennis blanches, allure sportive, dynamique, grand sourire, m’accueillent d’un tonitruant: Welcome ! L’un d’entre eux se propose de me faire visiter les lieux.
On prend l’ascenceur : “I will show you our medi-pool”. Superbe piscine avec des equipements immerges pour faire de la reeducation, des etirements, etc …
On passe devant la salle de musculation, on visite les vestiaires. Ca sent le neuf, le propre, tout est nickel, c’est vraiment impressionant. Les casiers sont alignes avec le peignoir pendu a l’interieur, on passe devant des salles de douche individuelles qui ne feraient pas tache en tant que salle de bain a part entiere dans un appart.
“And now Sir I will show you our pool” Il me conduits a travers plusieurs salles vers la piscine principale, un bassin de 25 metres. Avec personne dedans. Les rangees de transat sont la aussi impeccablement alignees de chaque cote en attente des visiteurs.
Et voila les salles de massage, avec des gros bloc de pierre pour s’allonger. “And this is our room to relax” me dit-il en montrant une autre piece avec des transat et des magasines poses sur des tables. J’ai l’impression qu’il me fait visiter comme si c’etait sa maison.
J’ai toujours pas croise un seul client. Un peu plus loin, on passe devant une salle, avec des lumieres tout autour, sur les cotes, des colonnes pour entrer, et au milieu, une table de ping-pong. Ca en devient presque incongru. On croirait un objet precieux vu la maniere dont il est entoure. Apres avoir encore vu des cours de tennis, des salles de squash et jacuzzis je lui dit que je reviendrai plus tard avec mes affaires de sport.
Et donc c’est avec grand plaisir qu’en fin de journee je suis revenu vers ce batiment. Un des employes me donne la clef d’un casier. Je me change et me dirige vers la piscine, en remarquant qu’il me suit. Il passe devant et m’ouvre une porte, ca en devient presque genant. J’ai presque envie de lui dire “Va z y man, va chercher ton maillot de bain, on va se baquer peinard dans le grand bassin, comme ca tout le monde en profite !”
Une fois au bord de la piscine il attend que j’ai pose mes lorgnons sur une des tables, puis des que je suis dans l’eau il va chercher une serviette pour l’etendre sur le transat que j’ai elu pour etendre mes segments une fois que j’aurais fini de nager.
Je me dis que quand meme le monde est ainsi fait que je suis en train de me baquer tout seul dans un bassin aussi grand que la piscine municipale du patelin ou j’ai grandi, avec une bande de mecs en short blanc, t-shirt blanc et chaussures blanches pour s’occuper de moi. Est-ce que c’est bien est-ce que c’est mal, me dis-je en faisant ma brasse de grand-pere. Une fois sorti de l’eau et pose sur le fameux transat, voila qu’un autre gars arrive avec une carte des boissons. “A drink for you sir ?”
Vu les circonstances je me suis dit que j’allais boire un coup, avec aussi l’envie de faire vivre un peu plus ce lieu. Elle est superbe cette piscine bordel, pourquoi il n’y a pas plus de clients qui boivent un verre dans ces transats ? J’opte meme pour un truc chiade, le genre de truc que je n’ai jamais bu dans ma vie, un smoothie antioxyandant avec des fruits rouges et des graines. Au bout d’un quart d’heure le voila qui reapparait avec sa creation dans un grand verre stylise. J’ai pas regrette mon choix.
En repartant vers les vestiaires, j’ai un peu vadrouille dans le batiment. Je suis alle dans certaines parties completement desertees, meme des hommes en blancs, par exemple la partie Hamman. D’ailleurs il n’etait pas en fonctionnement. La salle du hammam est tres belle. J’imaginais que des batiments antiques devaient ressembler a ca, tout en pierre couleur sable, des couloirs avec un espece de marbre au sol, des colonnes. A certains endroits des grosses lampes dorees etaient posees au sol, elles m’arrivaient aux hanches. Mais c’etait tellement desert que ca en devenait inquietant. A un moment donne j’ai passe une porte en me disant que si elle ne pouvait plus s’ouvrir dans le sens oppose je pouvais croupir longtemps dans mon hammam de luxe avant qu’on me retrouve, du coup j’ai verifie la poignee avant de la refermer ..
En repassant j’ai dit aux gars que je reviendrais. Effectivement je suis revenu nager le lendemain, encore tout seul dans la grande piscine.
Et de la chambre d’hotel j’ai lance a tout hasard une requete pour aller sur le site de Pokac. La meme page que la derniere fois est apparue:
Mais cette fois-ci je suis alle un peu plus loin, en cliquant sur le ‘click here’ pour ceux qui pensent que cette page ne devrait pas etre bloquee.
Dans ce cas la, on arrive sur une page qui demande pour quelle raison on voudrait soustraire une page de la censure, et il faut renseigner ses coordonnees, son adresse email.
Rions un peu …
Voici ce a quoi vous avez echappe
“Debloque moi cette page en vitesse, sinon je vais me facher” - Donkfighter
“Est-ce vraiment moral de censurer une page ? Le censeur aura un poids sur la conscience et devra en retour se poser la question de la legitimite de son geste. Pour cette raison je demande que la censure soit levee” - Bill the green
“Je suis sur un bon rush en ce moment, je voudrais que le poker ne soit plus censure pour pouvoir m’inscrire au championnat de poker d’Arabie” - Valvegas
“Je compte passer 3 semaines en Arabie entre mon escale au Laos et un sejour en Birmanie, j’aimerais que cette censure soit levee” - Sharp
“Une censure ? Ne la levez pas, mais vous verrez que j’arriverai quand meme a me connecter et jouer au poker depuis l’Arabie” - Sp33dy
Et sinon sur le vol du retour sur Saudi Airlines, j’ai regarde un film occidental … mais la censure etait appliquee aussi. Toute partie du corps feminin non recouvert de vetement etait floutee sauf le visage ! Genre le heros se pointe a la reception d’un hotel, la receptioniste se retrouve avec 2 bras floutes !
Il rencontre une femme et veut lui offrir un verre, ca donne : “Hello, may I offer you a” (blank) “downstair ?”
Pareil quand il va jouer au casino, toute une scene est supprimee et c’est seulement apres que j’ai compris qu’il y avait gagne une grosse somme.
Enfin, chacun sa culture.
A bientot !
Dja

